Ma vie au GRM en photo-roman

 

Le Groupe, sur les marches du centre Bourdan, vers 1972 (vu la coupe des cheveux, 68 n'est pas loin). On notera la place encore marginale du novice que je suis : le dernier à droite. (Cliquez pour agrandir)

Ensuite, de droite à gauche, Jack Vidal, Jean Schwarz, Geneviève Mache, Ivo Malec, François Bayle, Jacques Lejeune, Guy Reibel, Michel Chion, Agnès Tanguy, Bernard Parmegiani.

Les fleurs piquées dans le haut-parleur sont la signature d'une écologie concrète qui intègre irrévérencieusement la nature dans la technologie.

En réunion, chacun prend les notes qu'il veut. Voici celles de Jack Vidal, qui a préféré retenir les attitudes plutôt que les discours. Il m'a donné un rôle de penseur, le menton sur la main, comme à Mailliard (en haut à droite) et à Malec. Ça me va.

Changement de technologie : Vidal en était resté à celle de papier et du crayon, qui a dominé la musique savante occidentale pendant sept siècles (comme on l'explique dans mes publications) ; Emmanuel Favreau, lui, est un artiste des nouvelles technologies. Il est l'auteur des quatre photomontages qui viennent.

 

La Leçon de Typo-morphologie, vue par Rembrandt-Favreau.

J'ai beaucoup disséqué Schaeffer, c'est vrai, sous l'oeil attentif et exigeant de Michel Chion (au fond à droite), lui aussi grand spécialiste. Jean-Christophe Thomas (au fond à gauche) a l'air sombre : il est critique, non envers les profondeurs schaeffériennes, mais envers l'interprétation que j'en donne. Geslin, Donato et Teruggi (de gauche à droite), fort dissipés, trouvent apparemment la situation plutôt comique (tout comme Schaeffer, increvable). Il n’y a guère que Zanési pour suivre la leçon. Bayle, penché, observe avec compassion le piteux état de son ancien maître, mais quand même bien satisfait de sa position enfin dominante.

 

La recherche théorique a toujours été menacée, prise sous les feux croisés des deux autres piliers de la Recherche Musicale, la composition expérimentale et la recherche technologique, secteurs dont l'utilité semble incontestable. J'ai toujours soutenu, au contraire, en bon schaefférien, que refonder de A à Z la théorie de la musique était l'enjeu prioritaire, que les compositeurs n'étaient là que pour fournir des exemples aux analystes, puisqu'on ne saurait penser la musique sans avoir des musiques à se mettre sous la dent. Ce n'était pas tout à fait l’opinion de Bayle, par exemple, qui lorsque nous inventions, Reibel et moi, une pédagogie du jeu et de la création dès l’enfance, nous qualifiait de « curés de la musique », ou confiait à Jean-Christophe Thomas et moi, acteurs de la recherche théorique, la mission de « secrétariat des idées » (entendez : « des idées des compositeurs »). Aussi une petite coloration polémique n'était-elle pas toujours absente des réunions. Le port du casque était obligatoire.

Cependant, j'ai toujours su gré à Bayle de soutenir matériellement des activités dont il ne voyait pas bien l'intérêt, faisant confiance à nos intuitions et à notre engagement manifeste. Plus que de la tolérance, c'est de la gestion exemplaire des ressources humaines.

 

« Je suis écoeuré ». Quand ai-je pu prononcer cette phrase ? A mille occasions... Ce compte-rendu de réunion par Emmanuel Favreau date de la période de l'achèvement précipité du CD-rom « la musique électroacoustique », dans lequel je m'étais beaucoup investi (j'avais eu l'initiative d'une encyclopédie de la musique électroacoustique que nos amis informaticiens avaient opportunément orientée vers le multimédia).

Il faut dire que pour justifier l'existence d'une branche réflexive de la recherche, j'ai régulièrement imaginé des actions regroupant les différents « profils » (compositeurs, ingénieurs, théoriciens) sur des objectifs communs, notamment des séminaires dont les thèmes étaient choisis pour leur caractère fédérateur.

 

N'exagérons rien. Mon intimité avec Évelyne Gayou n'a jamais dépassé le partage d'un « carré », comme on dit dans le vocabulaire de la navigation dont nous avons en commun le goût, c'est-à-dire d’un bureau d'une travée (les locataires de la Maison de la Radio savent que ce n'est pas grand). La « table à cartes », carrée, que j'avais fait fabriquer pour cet espace restreint, finit aujourd'hui sa carrière dans le bureau du nouveau capitaine, Daniel Teruggi, ce qui pour moi (pour moi seul, je crains) symbolise la place centrale de l'écriture et de la pensée pour donner le cap.

Retour au vert, depuis 2006. Cependant, mettre fin au contrat de travail à l’Ina, mon employeur administratif, ne signifie pas me détacher du Groupe, milieu intellectuel et artistique qui a donné naissance au musicien chercheur 100% GRM que je suis pour le restant de mes jours. Je ne cesse d'en porter, diffuser, approfondir l'enseignement.